La guerre froide du Moyen-Orient

September 15th, 2009

Une guerre froide est « la clé pour comprendre le Moyen-Orient au 21ème siècle ». C’est bien ce qu’affirment Yigal Carmon et trois de ses collègues à l’Institut de Recherche sur les Médias du Moyen-Orient (MEMRI) , dans une étude récente [intitulée] « une guerre froide et l’escalade régionale».

Ils ont identifié un affrontement majeur que les médias, je ne sais pas pourquoi, n’ont pas perçu, et qui est le plus important du fait que Mahmoud Ahmadinejad vient d’être désigné comme nouveau président de l’Iran .

Une guerre froide, selon le dictionnaire Merriam-Webster, est « un conflit sur les différences idéologiques mené selon des méthodes qui ne soutiennent pas ouvertement l’action militaire et, en général, sans rupture des relations diplomatiques. »

Notons les trois éléments contenus dans cette définition : différences idéologiques, aucun combat en cours et pas de rupture de relations diplomatiques.

Bien entendu l’exemple classique d’une guerre froide est représenté par les Etats-Unis et l’Union soviétique entre 1945 et 1991, une longue, durable et globale impasse. La « guerre froide arabe », entre 1958 et 1970 , plus courte et plus localisée, offre un deuxième exemple digne d’être noté. Dans ce dernier cas, Gamal Abdel Nasser, un révolutionnaire égyptien, a tenté de subvertir la région tandis que les Saoudiens s’efforçaient de maintenir le statu quo. Leur conflit a abouti à la guerre du Yémen entre 1962 et 1970, un conflit cruel qui n’a pris fin qu’avec la mort d’Abdel Nasser.

Une nouvelle division idéologique divise désormais la région, ce que j’appelle la guerre froide du Moyen-Orient. Sa dynamique aide à expliquer une confrontation de plus en plus hostile entre deux blocs :

  • Le bloc révolutionnaire et ses alliés : L’Iran est tête de file de la Syrie, du Qatar, d’Oman et de deux organisations, le Hezbollah et le Hamas. La turquie travaille comme un très important auxiliaire. L’Irak se trouve dans les coulisses. Paradoxalement, plusieurs de ces pays sont eux-mêmes nettement non-révolutionnaires.
  • Le bloc du statu quo : l’Arabie saoudite ( à nouveau) mène le jeu avec l’Egypte , la Jordanie, le Liban, la Tunisie, l’Algérie, le Maroc, la plupart des Etats de langue arabe, avec le Fatah. Israël œuvre comme semi-auxiliaire. Notons que l’Egypte qui autrefois dirigeait son propre bloc, maintenant codirige avec l’Arabie saoudite, reflétant l’influence amoindrie du Caire au cours du dernier demi-siècle.
  • Certains Etats, comme la Libye, sont sur la touche, écartés de la scène de évènements.

La présente guerre froide remonte à 1979, quand l’ayatollah Khomeyni s’est emparé du pouvoir à Téhéran et a nourri de grandes ambitions pour déstabiliser d’autres Etats de la région dans le but d’imposer la marque de l’Islam révolutionnaire. Ces ambitions se sont estompées après la mort de Khomeyni en 1989 mais elles se sont réveillées brutalement avec la présidence d’Ahmadinejad en 2005, de concert avec la construction d’armes de destruction massive, le terrorisme généralisé, l’engagement en Irak, et la revendication du Bahrein.

Daniel Pipes

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